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Don d'une lettre de Bernadette Soubirous (1876), 222 J 1

Lettre avant sa restauration, 222 J 1.

En ce début d'année, une parente nous a apporté une lettre écrite de la main de Bernadette Soubirous, pièce maitresse d'un ensemble de documents familiaux.

Une date figure en haut du premier feuillet mais elle n’est pas complète, il y manque l’année. Certains indices nous permettent cependant de la connaître précisément. Elle a été écrite un 29 février, donc une année bissextile. Le courrier est adressé à une jeune fille, identifiée comme Marie Dominiquette Pène, qui va faire sa première communion. Cette cérémonie se déroulant en général vers les 10 ans, Marie étant née le 10 octobre 1863, nous pourrions être en 1872 (elle a alors 9 ans), ou bien quatre ans plus tard, l’année de ses 12 ans, 1876 étant retenue pour la datation du document. Nous sommes donc le mardi 29 février 1876.

Bernadette Soubirous a alors 32 ans. Depuis dix ans, elle est entrée au couvent Saint-Gildard des sœurs de la Charité, à Nevers, sous le nom de sœur Marie-Bernard. Elle y mourra en 1879.

Lorsqu’elle rédige ce document, Bernadette Soubirous, dont la santé est depuis longtemps fragile, est à l’infirmerie du couvent en compagnie d’une autre religieuse ; elle y passera de nombreuses journées durant l’année 1876. Le 29 février, elle y reçoit la visite de l’évêque de Nevers, Mgr de Ladoue et rédige une autre lettre, destinée à son frère Pierre. À Lourdes, ce sont les préparatifs du couronnement de la statue de la Vierge et de la consécration de la basilique supérieure dominant la grotte, qui interviennent début juillet 1876.

Le document n’est pas inédit : il a été publié en 1961 dans l’ouvrage Les écrits de sainte Bernadette et sa voie spirituelle.

Il est en outre très lacunaire : il en manque une grande partie, y compris la signature. Conservé par les descendants de Marie Dominiquette Pène, il était présenté à Lourdes, Chaussée-du-Bourg, dans une pension de famille recevant des pèlerins dont beaucoup ont obtenu pour leurs dévotions des fragments de papier, considérés comme reliques même bien avant la canonisation de son auteure. Ce fut le cas de son vivant de tous les écrits et objets de Bernadette Soubirous, et de ses vêtements et restes après sa mort.

L’examen physique et la transcription du document posent cependant questions. Les deux feuillets qui le constituent paraissent avoir été à l’origine séparés. Le texte lui-même comporte des répétitions : remerciements, salutations à la famille. Par ailleurs, la première partie de la missive comporte des conseils de préparation à la première communion, dans la seconde partie du texte cette « grande action » a eu lieu puisqu’il est précisé que les sœurs de Nevers ont prié pour les communiantes le jour de la cérémonie.

Nous serions donc ici - comme cela a été supposé dans l’ouvrage de 1961 - face aux deux premières pages de deux lettres distinctes, l’une du 29 février 1876, l’autre dont la date a disparu avec une partie du papier, mais de la même année car elle fait référence à la première communion de la cousine de Bernadette. En général, les premières communions ont lieu aux mois de mai ou juin (Bernadette effectue la sienne le 2 juin 1858). Dans la seconde partie du texte, il est aussi fait référence à la maladie de la supérieure générale des sœurs, évoquée dans un courrier de Bernadette daté 25 juin 1876. Dès lors, la seconde lettre aurait pu être écrite vers cette date et peut-être faire partie des courriers remis à l’abbé Perreau à l’occasion de son voyage à Lourdes pour les fêtes de juillet 1876. Les sources diffèrent sur le nombre des lettres confiées au prêtre par Bernadette pour les distribuer mais certaines étaient destinées à sa famille et regroupées.

Les deux lettres s’adressent à une cousine de la religieuse, l’une des filles de « tante Basile », sœur de Louise Casterot, la mère de Bernadette. Dans sa prose, celle-ci est donc affectueuse et familière, pleine de recommandations et d’attentions pour la famille. Sa santé y est rapidement évoquée par le terme « souffrance ».

Issue d’un milieu modeste et de parents connaissant des revers de fortune, Bernadette Soubirous ne sait ni lire ni écrire jusqu’à son adolescence et son entrée à l’hospice de Lourdes où les religieuses enseignent la lecture et l’écriture. Ses premières lettres remontent aux années 1860. Dans ces courriers, même si demeurent quelques fautes, l’expression est assurée, de même que l’écriture, régulière et aux élégants paraphes. Son entrée aux Archives départementales permet d’en assurer la conservation dans une collection publique.

Cette lettre en très mauvais état de conservation a été restaurée par M. Ixart, relieur-restaurateur des Archives départementales. Cette lettre d'une dimension de 13,5 x 21,5 cm, écrite sur un papier bois fin, fragile, très acide (PH 5,5), avait été « réparée » à l’aide d’adhésifs et de renforts qui ont été levés à chaud. Une analyse technique du document a permis de voir la  stabilité des encres à l’eau. On peut supposer que ce document est constituée de deux lettres collées sur le bord par une colle forte. La restauration a été exécutée à l’identique de l’original :

  • le document a été mis à plat par méthode aqueuse ;
  • un réencollage a permis de renforcer les fibres de celluloses entre elles ;
  • les 12 lacunes déconsolidantes du papier ont été comblées avec du papier japon 17 gr/m² Kozo et de la colle amidon (shoufu + tylose);
  • Etant donné sa faiblesse, la lettre a été doublée en plein recto-verso, à l’aide d’un papier japon de 6g/m² Kizuki Kozo avec une colle amidon (shofu + tylose). Le PH est remonté à 7,6 après restauration.

La lettre a été placée dans une pochette en polyester transparent et encadrée dans un passe-partout en carton permanent.

Lettre après retrait des adhésifs et des renforts, 222 J 1. Exposition de la lettre, 222 J 1.

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