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Sources complémentaires

Compléments

BAROUSSE

Prononciation actuelle figurée :

[ba’rousso / va’rousso][1]
Le nom de Barousse signifie littéralement Vallée de l’Ousse. Il est composé :
- du latin vallem, le ll du latin donnant en gascon th (vath) en position finale et r en position intervocalique (var)
- et du nom de la rivière qui coule : l’Ossa.

De fait, il y a deux rivières qui s’appellent, sur le terrain, non pas Ossa, mais Orsa : l’Orsa de Sòst et l’Orsa de Harrèra. Mais la différence entre Ossa etOrsa ne doit nous poser aucun problème puisque nous savons qu’en phonétique gasconne le groupe consonantique rs s’assimile à ss. Ainsi, nous pouvons conjecturer que la graphie Orsa serait plus étymologique tandis que la graphie Ossa serait plus conforme à la prononciation.

Cela dit, il n’est pas sans intérêt de faire un recensement de tous les cours d’eau qui portent le même nom. En voici une liste probablement non exhaustive pour les trois départements des Hautes-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques et Landes :

l’Ousse (n° 1) La Oosse (1457), La Osse (1463), l’Osa (1538). Prend sa source à Bartrès se jette à Pau dans le Gave de Pau (P-A).

L’Ousse (des bois) ou OussèreLa Orsa (1394), La Osse (1547). Prend sa source à Limendous (P-A) et se jette dans le Gave de Pau à Denguin (P-A).

L’Oussère ou Ausère. S’est appelée Oussèra jusqu’au XVIIIe s., puis la Barade. À retrouvé le nom d’Oussère sur les cartes IGN actuelles. Prend sa source aux environs de Lamarque-Pontacq et se jette dans l’Ousse (n° 1) vers Livron (P-A).

L’Ousse, très petit cours d’eau de la commune de Laran (canton de Castelnau-Magnoac) qui se jette dans le Gers.

- L’Oussère, petit cours d’eau prend sa source dans la commune de Germs et se jette dans le Neéz/Nés à Juncalas.

L’Oussouet prend sa source au pied du Mont-Aigü, au dessus de la fontaine de Labassère, il traverse le village de Trébons, pour se jeter dans l’Adour sur le territoire de Montgaillard.

L’Osse prend sa source dans le canton de Trie-sur-Baïse. Traverse le département du Gers. Se jette dans le Gers.

- L’Ousse prend sa source à Barbazan-Debat, passe à Aureilhan et se jette à Orleix dans l’Alaric.

- L’Oussette prend sa source à Dours et se jette dans l’Alaric vers Escondeaux.

- L’Oussette, affluent de l’Échez, dans la commune de Sère-Lanso.

La Losse (Landes), La Ossa (XIVe s.).

- L’Ousse, ancien nom du ruisseau qui se jette dans l’étang d’Aureilhan (Landes).

L’Oursou (affluent du Luy-de-Béarn) qui prend sa source à Orthez (P-A).

Je ne pense pas qu’il soit abusif de tirer de la concentration de ces noms plusieurs conclusions :

1- Il existe un radical hydronymique [ours/ouss] qui s’applique à des cours d’eau moyens ou petits.
2- Ce radical hydronymique n’est pas explicable par le latin.
3- Malgré l’homophonie, il est invraisemblable d’y voir un rapport avec l’animal l’Ourse.

On peut proposer d’adjoindre à cette liste, sous réserve d’enquête plus approfondie :

L’Ozom (affluent du Gave de Pau). Oson (1441), Osom, Osson, Ozon (1538), le Lozon (1581), le Loson (1582), l’Ouson (1585).

- L’Ouzente (ruisseau de la banlieue de Dax, département des Landes).

- et surtout la vallée d’Ossau dont la latinisation tardive en Ursi Saltus (forêt de l’Ours) n’est probablement qu’un trompe-l’œil.

La prudence nous conseille cependant de ne pas aller plus loin, au moins pour l’instant. C’est pourquoi on prendra garde :

a- de ne pas confondre la racine hydronymique Ouss avec d’autres radicaux (généralement basques) pouvant donner, par transcription gasconne, des formes homonymes ou approchantes. À savoir :

- La racine basque otxo (= loup) qui, transcrite en gascon, donne osso.

- La racine basque (h)altz (= aulne) qui, transcrite en gascon, donne auss-

- La racine basque olza (= maison en bois) qui, transcrite en gascon, donne ousso.

La racine basque urd- (= replat, plateau).

b- de réserver la question des rapports éventuels (ou de l’absence de rapports) entre la racine hydronymique Ours/Ouss et la racine basque ur (= l’eau).

c- d’envisager avec la plus grande circonspection l’extension possible de la racine Ouss en dehors de notre domaine pyrénéen. On a en effet l’Osse et l’Oselle (Doubs), l’Oussoulx (Haute-Loire), l’Ousson (Loiret), l’Ousson (Ain), l’Ource/Ourse (Aube), etc. ainsi que deux cours d’eau aux noms semblables en Angleterre et trois en Sibérie.

Nom occitan : Varossa.

 

BENQUÉ / BENQUET

C’est un toponyme très répandu. On le trouve précédé ou non d’un article, au singulier ou au pluriel. Énumérons de façon non exhausive :

- Benqué (canton de Lannemezan)
Ets Benqué (commune de Cauterets)
Et Benqué (commune de Campan)
Benqué (commune de Gèdre)
Benqué-Dessus et Benqué-Dessous (Haute-Garonne, vallée d’Oueil)
Benque (Haute-Garonne)
Villa de Bencus (1167. Ancien nom de St Savin qui paraît subsister dans le nom d’une ancienne maison du village cité en 1429 et connu aujourd’hui).
Benquet (commune des Landes, au sud de Mont-de-Marsan).

Une proposition d’explication a été donnée par Dauzat et Rostaing (DENLF) : « ancien provençal et gascon benc (= roche escarpée). Mot d’origine prélatine ». En occitan central, le dictionnaire d’Alibert donne pour benc : « pointe d’épine ; dent de peigne, écharde, fourchon, chicot, ergot, croc, aspérité ». Le dictionnaire gascon de Simin Palay ne donne rien. Cette proposition semble un peu facile et sans preuve : en montagne, il ne manque pas de pointes et de roches escarpées. Par ailleurs, elle paraît totalement hors de propos concernant le Benquet des Landes.

Une autre proposition peut être tirée de Meillon (Glossaire 1911) qui donne : « benque f. osier, lianes flexibles, d’où sans doute le dérivé benqué ». La question est de savoir si ce mot était vraiment connu à Cauterets, servant comme dit le Meillon, à désigner l’osier et des lianes flexibles. Le nom vient sans doute du latin *VINCUS « lien », dont les produits avec ce sens sont bien attestés dans le domaine romain (italien et alpin notamment). Il est fort probable que la toponymie indique ici que le mot a été connu du gascon et que tous ces Benqué / Benqués / Benquet correspondent à des lieux où poussait ce genre d’arbuste, saule ou osier… encore que Palay ne cite que bencilh > vinciculum.

On notera cependant que le dictionnaire Quicherat donne (sans référence) « vinceus » en renvoyant à junceus avec la signification de « qui concerne le jonc, semblable au jonc ».

Il va sans dire que si on pouvait apporter la preuve suffisante de cette seconde hypothèse, le nom occitan de cette commune devrait s’écrire Venquèr.

 

LAVEDAN

Prononciation actuelle figurée : [labe’da]

 

Dénominations historiques :
in pago Lavetanense, latin, v. 860 (Livre vert de Bénac).
Levitanensis vicecomes, latin, v. 980 (Livre vert de Bénac).
vicecomes Levitanensis, latin, 1022 (Charte Saint-Pé)
vicecomites Levitanicae vallis, latin, entre 1059 et 1069 (Cartulaire Saint-Savin).
Ramundus de Levitania, latin, 1095 (Cartulaire de St-Pé).
Arnaldo de Laveda
, latin et gascon, v. 1105 (Cartulaire Saint-Savin).
homines Baredgie et Levitani, … Levitanie, latin, v. 1110 (Fors de Bigorre).
Ar. de Leuetano, A. de Leuada, A. de Lauetano, A. de Laueda, latin et gascon, 1114 (Cartulaires Bigorre)
terram de Lavedaa, latin et gascon, 1285 (Montre Bigorre).
Ramundus Garsie et Pelegrinus de Levedano, … en Aramon Garsie de Lavedan, latin et gascon, 1283 (Procès Bigorre)

 

Hypothèses précédentes :

L’hypothèse la plus connue est celle d’Alphonse Meillon (Esquisse toponymique de la Vallée de Cauterets, 1908) qui  fait venir le mot Lavedan du gasconavet (= sapin) avec agglutination de l’article défini. Ainsi, le Lavedan serait le pays des sapins.

 

Discussion :

L’hypothèse de Meillon est inacceptable pour deux raisons : la première, c’est qu’aucune des attestations anciennes ne  dissocie le L initial et ne le considère comme un article agglutiné. Si Meillon avait raison, on devrait bien trouver au moins une fois une attestation qui aille dans le sens de son interprétation. La seconde est que les premières attestations (en latin) datent d’une époque où l’article défini n’existait pas : personne n’écrivait en gascon en 860.

Étymologie : Lavetania ou Levitania : nom d’une région comportant le suffixe -(i)tania qu’on retrouve dans bien d’autres cas (exemples : Russitania : voir Rustan ; Ceretania = Cerdagne ; Aquitania ; Jacetania ; Occitania ; etc.). Le radical est vraisemblablement prélatin et peut-être le nom d’un peuple  (Levitani).

Nom occitan : Lavedan.

 

RUSTAN

Prononciation actuelle figurée : [arrous’tagn]

 

 

Dénominations historiques :
in presentia domini Arsii abbatis Sancti Severi Russitanensis, latin, 1022 (Charte Saint-Pé).
monasterium sancti Severi confessoris, in valle Rostanensi, latin, 1087 (Cartulaire Saint-Victor de Marseille).
Las vielas francas d-Arrostan, Las bielas francas de Arrosta, XIIe s. (Cartulaires Bigorre).
abbate de Sancto Severo de Rosta, …, entre 1153 et 1190 (Cartulaire Berdoues).
apud Montem Acutum d-Arrosdan, 1234 (Cartulaire Berdoues). 
versus partes d’Arrostaa, 
latin, 1285 (Montre comté Bigorre).
de Rostagno
, latin, 1342 (Pouillé Tarbes).
Archidiaconatus de Rostagno, latin, 1379 (Procuration Tarbes).

 

Hypothèses précédentes :

- Lejosne : du nom des Rusticani, tribu de l’Aquitaine qui habitait la vallée de l’Arros et qui a laissé son nom au Rustan (Pline, liv. IV, chap. XXXIII).

 

Discussion : Le Rustan est une région qui fut vraisemblablement un pagus à l’époque romaine ou aquitano-romaine. On remarquera que l’orthographe du nom est loin d’être encore stabilisée, même dans sa transcription administrative française puisque on trouve Saint-Sever de Rustan, mais Lamarque-Rustaing. Les formes palatalisées alternent avec les formes non palatalisées.

Concernant l’existence d’un peuple nommé les Rusticani dont parle Lejosne, je dois reconnaître que je n’en ai pas trouvé trace dans Pline. Il convient d’ailleurs de remarquer à ce propos que les textes dans lesquels Pline donne des listes de peuples sont des textes difficiles à lire et à interpréter et dont on a souvent tiré absolument n’importe quoi. Des essais modernes de reconstitution sérieux ne font nullement apparaître ce peuple nommé lesRusticani.

Les dénominations les plus anciennes nous parlent d’une Russitania avec ce suffixe -(i)tania dont Rohlfs dit qu’il s’agit d’une terminaison très fréquente dans les noms de pays de l’ancienne Hispanie (Le gascon, 2° éd., 1970, p. 21).

a) Exemples donnés par Rohlfs : Bastetani, Carpetani, Ceretani, Cessetani, Edetani, Jacetani, Lobetani, Lusitani, Oretani, Turdetani, Ilergetani.[2]

b) Autres exemples connus : Mauritania, Aquitania, Levitania (Lavedan) et (sans doute l’une des formations les plus récentes) Occitania.

Si à Russitania on enlève ce suffixe, il reste le radical Rus. Or, ce radical est exactement le même que celui du cours d’eau qui traverse cette région : l’Arros (radical Ros et redoublement gascon du r avec a prothétique : Ar + ros). On peut alors difficilement éviter une triple conclusion, à savoir :

1- Que le nom de Rustan est dérivé du nom de la rivière (Arros) qui le traverse. Ce qui est confirmé par le vallis Russitaniæ du cartulaire de Saint-Pé.

2- Que, tenant compte de l’ancienneté probable des hydronymes, c’est le nom du cours d’eau qui est premier et le nom de la région (Russitania > Arrostanh) qui dérive du nom du cours d’eau.

3- Qu’il pourrait s’agir en définitive d’un radical hydronymique indo-européen ou même pré-indo-européen *rod/*ros, celui-là même qu’on trouve par exemple dans le nom du Rhône et de bien d’autres cours d’eau.

Etymologie : du nom de l’Arros et suffixe  -itania.

 

Nom occitan : Arrostanh

 

CAMOU / CAMBO

Nos lecteurs connaissent probablement le mot gaulois CAMBO. C’est un des premiers qu’on apprend quand on s’initie à la toponymie. Il signifierait le coude, le méandre de la rivière. On le retrouve :

- en Languedoc, comme nom commun : Cambon « terrain fertile » (cf. Dictionnaire d’Alibert) ; comme toponyme, dont 4 communes ; comme patronyme.

- en Auvergne, Périgord, etc. sous la forme Chambon (ca > cha) : de nombreux toponymes, dont 11 communes, et comme patronyme.

- en Gascogne, par réduction du groupe mb > m d’où Camou.

 

- en Béarn : un seul village : Barraute-Camu (canton de Sauveterre-de-Béarn), et un nombre considérable de terrains situés en bordure du gave et notamment du Gave d’Oloron (plus de dix sur la carte IGN au 25000° entre Sauveterre-de-Béarn et Navarrenx). Ces terrains sont dénommés descamous. Également des patronymes : Camou, Camon, Camougrand, Camoureyt/Camoreyt.

- en Pays Basque : trois communes, Camou-Cihigue, Camou-Mixe, Cambo-les-Bains.

- en Bigorre : probablement deux villages, Camous (canton d’Arreau) et Aneran-Camors (canton de Bordères-Louron).

En première approche, on a l’impression d’une théorie parfaitement claire et cohérente : un mot celtique qui signifie coude de la rivière, puis par extension terrain situé dans le coude de la rivière, puis terrain fertile en bordure d’une rivière. Ce qui est logique car, comme chacun le sait, les terrains situés sur la rive convexe d’un méandre sont des terrains d’alluvions, donc particulièrement fertiles. D’ailleurs, le dictionnaire de S. Palay, au mot camou, donne pour seule définition « terrain fertile au bord du gave ». Mais la théorie est moins limpide qu’il ne semble et présente quelques difficultés :

1- Il est malaisé de dire que « tous » les Cambon/Chambon/Camou indiquent un coude de rivière. Rien de plus subjectif que cette notion de « coude de rivière ». Un cours d’eau est rarement rectiligne. Dans bien des cas il n’est pas évident qu’on ait affaire à une courbe de rivière : par exemple Camou-Mixe est sur la Bidouze qui est rectiligne à cet endroit. Camous dans le canton d’Arreau est au bord de la Neste d’Aure à un endroit où on peut voir ou ne pas voir un coude selon qu’on est plus ou moins difficile sur l’acception à donner à ce mot !

2- Certains Cambon/Chambon/Camou se trouvent au bord d’un ruisseau insignifiant (Camou-Cihigue, Camors en vallée du Louron). Il en existe en pleine montagne loin de tout cours d’eau. D’ailleurs, au mot cambon, le dictionnaire d’Alibert dit simplement « terrain fertile » sans aucune référence hydronymique. Mais déjà V. Lespy (DBAM) avait fait la même remarque.

En somme pour résumer, la référence à un cours d’eau est loin de faire partie des connotations constantes des Cambon/Chambon/Camou.

3- La première explication qui ait été donnée des mots Cambon et Chambon a consisté évidemment de les dériver du latin campus bonus. Cela paraissait d’autant plus évident que les Cambons et Chambons sont effectivement des « champs bons ». Cette explication a été abandonnée, ainsi que nous l’avons vu.[3] Elle a le tort, entre autres inconvénients, de laisser de côté nos « camous » gascons. En effet campus bonus ne peut pas aboutir à « camou », car le (de bonus) consolidé par le p (de campus) devrait subsister. Pour aboutir à « camou », il faut donc obligatoirement partir de « cambo » et non de « camp bon ».

Reste qu’il semble paradoxal de refuser tout rapport entre Cambon/Chambon/Camou d’une part et campus d’autre part. Or, un tel rapport existe, mais très indirect. En effet, il existe probablement et, préalablement à campus et Cambon/Chambon/Camou, une racine indo-européenne commune. On peut en effet reconstituer la famille suivante :

- racine indo-européenne *kampos ‘courbure, coin’

- grec kampê : ‘courbure ; courbure de rivière ; inflexion’

- lithuanien kampas : ‘coin, angle’

- gaulois cambo : ‘courbé’

- breton kamm : ‘courbé, bossu’

- irlandais camm : ‘courbe, tordu’

- latin campus : ‘champ’

- occitan central cambon > gascon camon > basque gamu.[4]

 

NESTE

1- Nom de nombreux cours d’eau des Hautes-Pyrénées :

La Neste de Badet

La Neste de Saux

La Neste de la Géla

Les trois forment la Neste d’Aure qui reçoit :

La Neste de Couplan

La Neste du Moudang

La Neste du Louron

2- On peut adjoindre à cette liste les cours d’eau suivants dont le nom comporte probablement la même racine :

Le Nistos, affluent de la Neste d’Aure (de Nistos à Aventignan)

Le Nez, affluent du Gave de Pau (de Gazost, à Lugagnan)

Le Néès/Néez, affluent du Gave de Pau, de Rébenacq à Jurançon.

3- Un certain nombre de localités ont pris le nom de la Neste ou l’ont adjoint à leur nom à des dates diverses :

Nistos

Nestier

Pierrefitte-Nestalas

4- La Neste a vraisemblablement donné son nom à une microrégion : le Nestès. Les attestations historiques nous montrent qu’il convient de lire : St-Laurent-de-Nestès et non Saint-Laurent-de Neste, La Barthe-de-Nestès et non La Barthe-de-Neste.

5- Le Dictionnaire de Dauzat, Deslandes et Rostaing[5] s’appuie sur le nom de Nestalas (localité située sur le Gave de Pau) pour conclure avec vraisemblance que Neste a été l’ancien nom du Gave de Pau, au moins dans la partie supérieure de son cours.

Selon les mêmes auteurs, Neste serait également l’ancien nom de la Pique de Luchon et du Torrent d’Oueil.

Ces faits témoigneraient du recul de l’hydronyme Neste, donc de son ancienneté.

6- Enfin un rapprochement s’impose avec le fleuve de Thrace nommé Mesta en bulgare et Nestos en grec.

Conclusion :

Le mot Neste est un hydronyme appartenant à une couche très ancienne, pré-indo-européenne vraisemblablement.

Nom occitan : Nèsta

 

EZ

Que signifie et d’où vient le mot copulatif ez que l’on rencontre dans un certain nombre de localités du canton de Lourdes-Est ?

Liste chronologique des occurrences relevées :

de Ossuno in Angulis, latin (1313).

Ossunum de Angulis, latin (1313).

de Ossuu eus Ancles (1347).

Ossun ès Angles (1641).

Arcizac ez Angles (1736).

Lahitte ez Angles (1736).

Arrodet és Angles (1747).

Sère ez Angles (1750).

Arrodet ez Angles (1757).

des Angles (v. 1770, Carte de Cassini).

Ossun des Angles (1774).

Artigue ez Angles (1780).

Arcisac des Angles (1790).

Ossun-des-Angles (1790).

Arcizac des Angles, Ges des Angles, Ossun-es-Angles, Sère ez Angles (1806).

La signification ne fait guère de problème. Le ès/ez introduit une précision concernant des villages qui, sans cela, pourraient être confondus avec un village homonyme. Il signifie évidemment « qui est situé dans les Angles ». Lattestation latine de 1313 (in Angulis) et les traductions françaises (1774, 1790, et Carte de Cassini) suffisent à lever les doutes, dans la mesure où il pourrait y en avoir.

La question est de savoir ce que représente grammaticalement ce mot.

1 – La plupart des attestations étant assez récentes (XVIIe-XVIIIe siècles), on pourrait supposer qu’il s’agit tout simplement d’un francisme (contraction de en les). Cette contraction a disparu de la langue française courante mais elle subsiste encore dans quelques expressions telles que bachelier, licencié, docteur ès lettres.

2 – Mais l’attestation de 1347 (malheureusement unique dans l’état actuel de notre documentation) nous conduit à douter de l’hypothèse d’un francisme peu vraisemblable à cette époque. Ossun eus Ancles représenterait :

- soit une transcription fautive pour Ossun ens Ancles (confusion classique u / n) ; on pourrait avoir affaire alors à une contraction de en eths. Cette contraction, normale en gascon pyrénéen, est toujours vivante dans la langue actuelle. Dans cette hypothèse, l’orthographe serait : Ossun ens Angles, Arcisac ens Angles, etc.

- soit une contraction pour Ossun en los Angles.

3 – On peut enfin considérer que le mot ès/ez représente non pas une contraction (en + eths), mais simplement la prononciation simplifiée de l’article défini pluriel eths. Dans cette hypothèse, on écrira

Ossun eths Angles, Arcisac eths Angles, etc.

 

BIGORRE TARBES SAINT-LEZER

Attestations historiques : [6]

Bigerri, latin, v. 47-46 av. J.-C. (César, Guerre des Gaules).

Begerri, latin, 77 ap. J.-C. (Pline l’Ancien, Histoire naturelle).

bigerrica vestis, latin, v. 403-404 (Sulpice Sévère, Dialogues).

Ciuitas Turba ubi castrum Bogorra, latin, entre 386 et 450 (Notice des Gaules).

Apro, episcopo Biturritanae civitatis, latin, 506 (Concile d’Agde).

Julianus Begoritane ecclesie episcopus, latin, 541 (Concile d’Orléans).

Begorra, latin, 587 (Pacte d’Andelot).

Amelius, Beorretanae urbis episcopus, latin, v. 590 (Grégoire de Tours, Histoire des Francs).

De Genesio, Beorritano martyre. Infra terminum urbis Beorritanae, Beorretanae urbis, latin, v. 590 (Grégoire de Tours, Livre des miracles).

BEGORRA, latin, autour de 600 (tiers de sou mérovingien frappé par le monétaire Taurecus).

Garstono, Bigorrensi episcopis, latin, 879 (Lettre du pape Jean VIII).

Lodovici, comitis Bigoritanensis, latin, v. 980 (Livre vert de Bénac).

in Vigorra, latin, 1022 (Charte Saint-Pé).

comes Bigorrensis, latin, 1022 (Charte Saint-Pé).

abbas Ricardus Sancti Liceri Bigorre, latin, 1026 (Cartulaire Lézat).

BEORRA, latin, 1063 (Dédicace Moissac).

in territorio Bigorritano, Bigorrensis episcopus, latin, 1075 (Cartulaire Simorre).

in episcopatu Tarbensi, in comitatu Bigorritano, latin, 1087 (Cartulaire Saint-Victor de Marseille).

in Bigorra, latin, 1118 (Livre vert de Bénac).

Bigorre, Bigorra, gascon, XIIe s. (Cartulaires Bigorre).

 

 

NOTE TOPONYMIQUE

Depuis le milieu du XIXe siècle, la controverse règne sur le rôle respectif des sites de Tarbes et de Saint-Lézer comme lieu de pouvoir politique et religieux pendant la durée du Haut Moyen-Âge (Ve-Xe siècles). Les noms de Bigorre et de Tarbes, et accessoirement de Saint-Lézer, sont au cœur de ce débat, né en vérité en même temps que l’histoire locale, au XVIe siècle.

Le manque de précision des sources écrites, les avatars de leur transmission, leur extrême rareté sont responsables de ces incertitudes, partiellement levées par les découvertes archéologiques faites sur les deux sites. Celles-ci, malheureusement, ne permettent pas encore de trancher le débat. On peut espérer malgré tout que des fouilles scientifiques menées sur l’oppidum de Saint-Lézer, ainsi qu’une attention sans faille portée au sous-sol de Tarbes, à l’occasion de travaux urbains, donneront aux spécialistes la possibilité d’élucider une question qui n’est pas de détail, car c’est de mille ans d’histoire de la Bigorre qu’il s’agit.

On n’oubliera pas, en attendant, que les éléments présentés ici dépendent directement d’une documentation très peu abondante et dont le témoignage se trouve par là bien souvent hypothétique et toujours fragile.

Bigerri est le nom de l’une des nations de l’Aquitaine qui se soumirent à Crassus, lieutenant de Jules César, lors de sa campagne de 56 avant J.-C. et que l’on retrouve sous la plume de Pline l’Ancien (Begerri) dans la liste de ces peuples de l’Aquitaine qu’il donne dans son Histoire naturelle, écrite en 77 après J.-C. Il semble bien que l’adjectif bigerricus, employé par Sulpice Sévère dans ses Dialogues (v. 403-404) pour qualifier des vêtements de laine grossière protégeant des intempéries renvoie aux Bigerri (et constitue ainsi la plus ancienne attestation que l’on ait sur les productions locales caractéristiques de la Bigorre).

Le nom ethnique des Bigerri est à nouveau attesté, à la fin de l’Empire, dans la Notice des Gaules, liste de cités rédigée entre 386 et 450, dans une formulation énigmatique qui a fait couler beaucoup d’encre : Ciuitas Turba ubi castrum Bogorra. Sous ces formes qui ont pu être écorchées par les copistes successifs, on reconnaît les noms de Tarba et de Begorra : ce castrum Bogorra désigne la ville et le site fortifiés, chef lieu du peuple des Bigerriavant l’arrivée des Romains ; la ciuitas Turba, la circonscription territoriale romaine qui s’est calquée sur l’ancien territoire des Bigerri et dont le chef lieu administratif et religieux est situé à l’emplacement de la ville actuelle de Tarbes. Y a-t-il identité entre le site de Tarbes et celui du castrum Bogorra ? Bogorra, que l’on doit probablement lire Begorra, est-il le nom ancien de l’agglomération que les Romains auraient rebaptisée Tarba ? II parait plus vraisemblable que les Romains ont implanté leur chef lieu sur un lieu déjà désigné sous le nom de Tarba, site central et carrefour à partir duquel ils purent développer leur plan d’aménagement du territoire, en réduisant à un rôle secondaire le site de Bigorra que des sources postérieures paraissent bien identifier à l’actuel Saint-Lézer. La mention de la Notice des Gaules devrait donc être comprise comme « la ciuitas de Tarbes dans laquelle se trouve le castrum de Bigorra », et on aurait là un témoignage, selon un processus connu ailleurs en cette période du Bas-Empire, du moment où le chef lieu de l’administration romaine, en lieu ouvert et mal protégé, aurait perdu de son importance au profit de la « capitale » antérieure, Bigorra, qui offrait de meilleures possibilités de défense et dont on aurait reconstruit récemment les murailles au moment où la pression des peuples barbares se faisait plus menaçante.

Dans le cours du VIe siècle, divers documents religieux indiquent que le nom ethnique de Bigorra a retrouvé son rôle initial : doté du suffixe adjectival géographique -itan-, parfois privé du intervocalique à la suite du relâchement de la prononciation, il sert à désigner le diocèse, correspondant au territoire de la ciuitas aquitano-romaine. Grégoire de Tours, écrivant vers 590 son Livre des miracles, indique bien la fonction respective des deux noms : la Beorretana urbs est le diocèse, le Talua uicus, la ville proprement dite de Tarbes, tandis qu’en 587, dans le texte du Pacte d’Andelot par lequel les rois Gontran et Childebert II se partagent l’ancien royaume de Clovis, Begorra désigne l’ancienne ciuitas, futur comté de Bigorre. Vers 980 est cité le comes Bigoritanensis, Louiset en 1022, Garcie Arnaud, comes Bigorrensis, Vigorra désignant alors la Bigorre.

Mais Begorra est aussi employé, au VIe siècle, pour désigner la localité où un fonctionnaire mérovingien, le monétaire Taurecus, frappe et signe de son nom la monnaie d’or en usage. Où est ce lieu ? Il s’agit vraisemblablement de l’actuel Saint-Lézer, si l’on en croit les attestations – certes très postérieures – du XIe siècle (1026, 1064) dans lesquelles Bigorra est cité comme la localité où se trouve un ancien monastère appartenant aux comtes de Bigorre, successeurs des comtes carolingiens, placé sous le patronage de saint Félix de Gérone et de saint Lézer. Le second, qui va prendre la place du premier, martyr vénéré en Espagne et en Gascogne, est Glycerius, évêque de Couserans, présent au concile d’Agde (506), et qui aurait été d’abord le disciple de saint Fauste à qui l’on a attribué sans preuve la qualité d’évêque de Tarbes au Ve siècle. Dès la fin du XIe siècle, semble-t-il, dans les textes, le nom de Sanctus Licerius, puis de Sent Lezier, Senlezer, remplace l’ancien Bigorra.

Bigorra et ses formes suffixées ne vont plus désormais être utilisées que pour désigner les diocèse et comté de Bigorre. Á la fin du XIe siècle, la qualification d’évêque de Tarbes (Tarbensis episcopus) apparaît brièvement, comme pour marquer l’importance réaffirmée du siège cathédral sur le site de Tarbes, après le concile de Toulouse de 1068 qui avait vu le légat du pape enjoindre aux évêques de Gascogne de regagner leur cité épiscopale qu’ils avaient quittée lors des périodes de troubles, pour se réfugier dans des monastères ou des lieux plus sûrs. La première moitié du XIIe siècle ne connaît plus en revanche que les formes Bigorrensis, Bigorritanus, etc. Après 1150, les formes à base de Bigorr- et de Tarb-/Tarv- alternent et Tarbes l’emporte définitivement dans la titulature latine de l’évêque à partir de la fin du XIIIe siècle, tandis que Begorre, Bigorra, demeure employé dans les actes gascons, en concurrence avec Tarbe, Tarba, jusqu’à l’effacement de la langue gasconne écrite devant le français, qui se produit graduellement, et avec une vitesse différente selon les lieux, tout au long du XVIe siècle.

(J.F. LN)


[1] Dans la Haute-Barousse, le « b » est systématiquement prononcé « v ».

[2] Tous ces noms ne peuvent pas être identifiés. Mais on reconnaît la Lusitania (Portugal), la Ceretania (la Cerdagne avec la ville de Céret), la Jacetania(région de Jaca en haut Aragon).

[3] On remarquera la prudence du dictionnaire d’Alibert. À l’article cambon, il ne donne aucune étymologie. Si campus bonus avait été évident, il l’aurait mentionnée. Il aurait pu également l’intégrer à l’article camp, ce qu’il n’a pas fait.

[4] Documentation : X. Delamarre, Le vocabulaire indo-européen. J. Maisonneuve, éd. Paris, 1984. Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, éd. Errance, Paris, 1994.

[5] Dictionnaire étymologique des noms de rivières et de montagne en France par A. Dauzat, G. Deslandes et Ch. Rostaing, éd. Klincksieck, Paris, 1982.

[6] L’utilisation de ces formes anciennes pose de nombreux et difficiles problèmes, en raison de la critique que demandent les textes qui nous les ont transmises. Nous ne retiendrons ici que les formes différentes, dans l’ordre de leur apparition, sans tenir compte de la date ou de l’époque des manuscrits. Nous en arrêtons la liste au XIIe siècle.


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